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13.

Е. Г. Пушкина къ В. А. Жуковскому.

Dresde. Le 23 mars 1825.

Monsieur! Avec quel sentiment de joie je prends la plume en main, pour vous annoncer l’heureuse nouvelle, que notre infortuné ami vient de se soumettre enfin à un traitement suivi! Votre coeur bon et sensible comprendra à merveille tout ce qu’éprouve le mien aujourd’hui, en vous transmettant la lettre ci-jointe. J’ai eu deux fois la triste douceur de voir le cher et malheureux Batuchkof: j’avais employé auprès de lui l’éloquence d’une amitié profondément sentie, et le tout en vain; son obstination à repousser les remèdes faisait mon désespoir. Lors de ma dernière visite, je renouvellai mes instances, il me dit: „Si vous voulez que je me fasse traiter, emmenez moi à Dresde, laissez moi loger sous le même toît que vous, et je vous promets de tout prendre de votre main, même du poison“. Ma réponse fut, que je ne refuserai pas de le loger chez moi, après qu’il aura pris des remèdes l’espace de trois semaines; je le menaçai même do ne plus

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revenir le voir à Sonnenstein. Il demeurait infléxible, et je le quittai la mort dans l’âme. Au bout de quinze jours j’en reçus une lettre, dans laquelle il me renouvellait ses prières. Je me hâtai de lui répondre, que tant qu’il s’obstinerait à me refuser ma demande de se soumettre aux avis de m-r Pinitz, je me croyais en droit d’être aussi infléxible que lui. Il m’ecrivit une réponse fulminante, me disant qu’il ne me reconnaissait plus que j’étais de moitié avec ses bourreaux, il se radoucit cependant vers la fin de sa triste missive, et la termina en me disant qu’il resterait toujours mon ami fidèle. Le même jour il consentit à prendre medecine, et en voici quinze qu’il continue un traitement journalier. Aussi ses nuits sont-elles devenues calmes. Espérons, monsieur, que la continuité des remèdes nous rendra la précieuse santé de ce cher malade. A présent que je me suis acquitée d’un devoir bien sacré près de vous, en vous donnant des nouvelles certaines de votre ami, permettez moi de vous faire agréer l’assurance de mon estime distingué Héléne de Pouchkine.

Ayez la bonté, monsieur, de répondre à la lettre du docteur; les Allemands sont si susceptibles! Vous pouvez adresser votre lettre à Sonnenstein près de Pirna, dans la maison du docteur Pinitz.

Адресъ: Russie. Милостивому государю Василью Андреевичу Жуковскому. На Невскомъ проспектѣ, въ домѣ Менщикова. A monsieur de Joukofsky, à Pétérsbourg.